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Malika et le Saucisson Magique – 12 

XII – Clouseau saucissonne

Après une traversée quelque peu agitée sur le bateau amiral de la DXT « La Vigoureuse » qui avait tant bien que mal fendu l’écume  Clouseau et La Cruche débarquèrent sur l’Ile anciennement de beauté désormais appelée la Zone.

– Chef, ça c’est bien passée cette nuit ? moi j’ai pas pu dormir avec ce roulis. C’est quoi ce rafiot ?

– Excellemment bien ! Répondit Clouseau, le visage livide et titubant légèrement.

– je suis un cap hornier, ces petites vaguelettes n’étaient pas pour m’impressionner ! Oups Beuurkkk ! ! Tout le monde n’a pas mon vécu aventurier ! Beeuurkkk ! ! Vous verrez plus tard avec l’expérience, ceci sera une plaisanterie, Beuurkk !!

Après avoir prononcé ces mots emplis de suffisance, Clouseau décida de la journée à venir.

– Cher La Cruche, je vois que ce voyage vous a tourneboulé les sens, c’est pourquoi je vous propose un quartier libre d’une journée pour vous remettre de vos émotions.

– Mais ça va très bien chef ! Je suis prêt à foncer pour mettre hors d’état de nuire ces malfaisants ! C’est juste que j’ai pas dormi comme d’hab à cause du roulis, sinon j’ai même bouffé votre petit déjeuner, vous l’aviez laissé, c’était bête de gâcher.

– Je préfère rester l’estomac léger, ainsi je puis mieux me concentrer sur la mission et en fignoler les détails. Bon, La Cruche, on se retrouve ce soir à l’auberge du Figatellu Rebelu, Beuurkkk ! !

– Ok chef, en attendant je vais me taper un autre petit déjeuner, car celui fourni par les services c’était un peu léger !

– C’est ça faites, Ouuupps, Beuuuuaarrkk ! ! !

Et sur cette dernière phrase Clouseau rendit sur le quai un déjeuner qu’il n’avait pas pris …

Le lendemain matin nos deux intrépides limiers, fierté et gloire de la police française prirent la route de Cagulu, village où était normalement et initialement assigné le Père Camille.

– La Cruche ! Pas un mot une fois arrivé en ce lieu hostile pour les forces du progrès ! Laissez-moi faire ! Suivez mon exemple, ne l’oubliez pas ! Professionnalisme et discrétion ! Si tout se passe bien, je vous ferai avoir une promotion ! Adjudant de 1er rang, je sais être généreux !!

– Vous êtes trop bon chef ! Au fait y aura de quoi manger ? je commence à avoir faim !

– Vous êtes un ventre ! Alors que le destin du président Ben Sarko et de la RIBF dépendent de nous ! Vous ne pensez qu’à vous goinfrer !!!

Après avoir parcouru les 25KM de route légèrement cahoteuse en 5h30, les génies de l’enquête et de la filature non roubaisiène arrivèrent à leur lieu de destination, le pittoresque village haut perché de Cagulu. Ses vieilles pierres typiques, son cimetière, ses armureries qui fleuraient bon la tradition d’accueil des visiteurs s’offraient à leur vue en ce jour ensoleillé. Maintenant il est vrai depuis que l’Ile était devenue la Zone le touriste se faisait rare…Et Clouseau et La Cruche n’étaient pas venus pour cela.

Les formalités accomplies à l’hôtel, ils se dirigèrent vers le lieu de vie de la charmante localité, le Bar Tabac Allumettes Briquets et Explosifs « Lu Silenciu ». Si la Zone était le lieu de déportation des réprouvés, ici alcool et cigarettes étaient en vente libre, le président Ben Sarko dans sa grande sagesse considérant que cancer et cirrhose étaient d’excellents alliés pour éliminer ces connards de dissidents et réfractaires dixit ses propos.

– Commençons notre enquête ici ! Je vais finement nouer contact avec les indigènes. Regardez comment travaille un maître espion, ça vous servira plus tard, La Cruche !

  • Bonjour mes braves ! ! !

Les rares clients ne répondirent pas au salut cordial du chef de la DXT et continuèrent à vaquer à leur occupation qui était la confection d’on ne sait quel explosif destiné probablement à la pèche à la truite.

Le patron, un gaillard au visage avenant mal rasé d’un berger calabrais sevré de femmes pendant 6 mois, s’enquit aimablement du désir des arrivants.

– Huuuummm !!!!

– Deux thés à la menthe !

A cette commande incongrue en ces lieux, le silence se fit athanesque. Les regards des autochtones se figèrent sur Clouseau et son alcoolique – pardon – acolyte. Les secondes qui s’écoulèrent dans le silence tombal parurent des minutes, voire des heures si ce n’est des mois… Heureusement, La Cruche fit preuve d’un esprit d’initiative inhabituel.

– Chef !!

– Mais parlez plus fort sombre idiot, je n’entend rien à vos chuchotis.

– Chef, je crois qu’il faut plutôt commander deux casa, c’est la boisson locale ! J’ai lu ça dans la doc qu’on nous a filé avant de partir.

– AAAhhh ! ! ! Allons allons, c’était une plaisanterie bien sur ! Patron, deux casa ! Celui ci s’exécuta sans desserrer la mâchoire.

L’atmosphère était quelque peu glaciale, bien qu’il fit 30° à l’ombre. Mais il en est ainsi au début, dans cette contrée , elle devient beaucoup plus chaude pour les visiteurs ensuite très souvent. Après avoir ingurgité sa première gorgée du liquide jaunâtre et anisé, Clouseau passa à l’action.

– Dîtes moi mon brave, nous avons entendu parler d’un curé qui officierait ici et qui réaliserait des miracles.

L’aimable tenancier semblait indifférent à la question du super agent secret, semblant plus préoccupé par le rangement des chargeurs de ses fusils d’assaut.

– Le Père Camille je crois est son nom ! Nous aimerions prendre langue avec lui, sauriez-vous nous renseigner ? Nous être d’une certaine utilité ?

– C’est 2 Testa Mora ! (c’est la monnaie locale).

– 2 Testa Mora ! C’est pas cher le renseignement ! Tenez mon brave.

– Non ! C’est pour les casa et maintenant il se fait tard nous allons fermer.

– Ahhhh !!! Bien, écoutez, si quelqu’un souhaite nous renseigner nous sommes descendus à l’hôtel « O Sanglieru Muettu ».

– Bonne soirée messieurs, et faites attention en traversant la rue, il y a parfois des accidents de chasse…

Clouseau et son adjoint sortirent de l’estaminet sans mot dire et sans avoir relevé le conseil avisé du commerçant. La pénombre commençait à tomber sur l’accorte village. Alors qu’ils cheminaient vers leur hôtel l’on n’entendait sur leur passage que le crissement des volets qui se refermaient et les miaulements rauques des chats noirs qui fuyaient un danger invisible. Enfin, arrivés à leur destination, l’avenante propriétaire du Sanglieru Muettu leur remis les clefs des chambres ainsi qu’une enveloppe.

– Un courrier ?

– On le dit !

– Madame, qui a laissé cette missive ?

– Je ne sais ! J’étais occupée ailleurs quand la personne est venue et de toute façon je ne suis pas une balance. Messieurs, vos chambres sont prêtes !

N’ayant plus rien à tirer de la matrone, ils gagnèrent la chambre de Clouseau pour conférer et examiner ce mystérieux courrier. Sans attendre, le patron de la Dxt l’ouvrit et en fit la lecture.

– « Messieurs, je sais ce que vous cherchez, je peux vous aider, retrouvez moi dans 1 heure près du menhir celto-ligure qui se trouve à 500 m de la sortie du village »

– Ah ah ! Vous voyez, La Cruche, une fois de plus ma méthode faite de subtilité et finesse a porté ses fruits !

– C’est peut être un piège, chef !

– Pauvre imbécile, si on avait voulu agir contre nous on pouvait le faire au bar ou ici et personne n’a pu percer notre identité. L’heure de mon triomphe est proche, La Cruche, vous pouvez être fier d’avoir eu un chef tel que moi ! Bon, assez bavassé, préparons cette expédition nocturne.

L’heure étant rapidement passée, même en Corse, ils partirent vers l’étrange rendez-vous simplement équipés d’une torche électrique.

– Dîtes, chef, il est où ce menhir ?

– C’est écrit dans la lettre !

– Faudrait peut être demander à la patronne de l’hôtel !

– Je vous l’ai dit c’est dans la lettre, à la sortie..

– Oui, mais bon, on pourrait quand même demander, on sait jamais..

– Si ça vous fait plaisir ! ! !

Clouseau, pour rassurer son adjoint, héla l’hôtelière qui était à cette heure tardive occupée à astiquer le canon du fusil d’assaut de son défunt époux. Ce dernier avait accidentellement trouvé la mort lors d’une chasse à la perdrix, truffé de 250 balles à ailettes dans le dos.

– Chère madame, puis je vous demander un renseignement ?

– C’est à vous de voir !

– Il existerait une curiosité à visiter, un menhir…

– On le dit !

– Pourriez vous nous indiquer le chemin, il serait à la sortie du village !!

– On le dit aussi !

– Comme il y a deux sorties, quelle direction prendre, à droite ou à gauche ?

– C’est vous qui décidez ! Bonne soirée messieurs, et ne faites pas de bruit en rentrant, si vous rentrez !! Les morts n’aiment pas ça !

Après avoir obtenu ces explications lumineuses, Clouseau, mu par son flair légendaire, pris sans hésiter la décision de partir vers la gauche.

– Dites, chef, on aurait peut être du prendre des armes, je trouve l’ambiance bizarre, ainsi que les propos du gars du bar et de l’hôtelière.

– Vous êtes en train de vous faire un roman, constatez avec moi, personne ne nous suit, ils sont tous avachis chez eux…

– J’espère que vous avez raison, mais je serai retourné à l’hôtel récupérer un flingue…

– La Cruche, cessez vos gamineries, nous ne risquons rien, faites moi confiance. Et maintenant, motus et bouche cousue.

Après plus d’une demi-heure de marche vaine dans le maquis, le commissaire subdivisionnaire décida de faire demi tour, de toute évidence le menhir était à l’opposé. Ainsi, ils traversèrent le village, à nouveau dans le silence des volets qui crissent, des miaulements félins et finirent enfin par toucher au but.

– Vous voyez ! Ca c’est du travail de pro ! J’ai déjoué le piège qui aurait pu nous être tendu !

– Oui chef ! Vous êtes un exemple, c’est pour ça que vous êtes chef et moi sergent !

– Chuuutttt ! Les sangliers ont des oreilles ! ! !

Sur cette phrase sortie de nulle part, un violent rayon lumineux les aveugla.

– C’est pas trop tôt !! Vous avez une demi-heure de retard ! J’allais repartir !!!

– Le faisceau ne leur permettait pas de distinguer celui qui s’adressait à eux de façon assez cavalière et brutale.

– Assez perdu de temps ! Passez devant ! Je vous guide avec ma torche et silence absolu, on sait jamais, on pourrait réveiller un sanglier.

En toute confiance et silencieusement, ils suivirent un sentier muletier et arrivèrent enfin au bout de longues minutes de marche devant un refuge pour berger.

– Entrez ! C’est ici ! Ce que vous cherchez est dans la bergerie, moi je surveille l’extérieur.

Sans hésiter, ils pénétrèrent dans l’abri de pierre. A peine à l’intérieur 4 hommes en costume folklorique local c’est à dire armés et cagoulés leur tombèrent dessus…

– Pas un mot, pas un geste, vous êtes faits ! ! ! !

– Mmmm !

– Silence ! ! Le Père Camille vous salue bien ! Hahaha !! 2.3 et 4 emparez vous d’eux ! On va faire un beau cadeau à Ben Sarko ! !

Cette apostrophe fut ponctuée par les rires sardoniques des terroristes ! Clouseau en ces instants dramatiques avait cru reconnaître la voix du donneur d’ordre !! Et il fut pris d’effroi, son esprit était perturbé par cette pénible situation, et il ne savait comment se sortir de ce piège que sa cérébralité étincelante n’avait pas prévu. Il n’aurait pas le temps d’agir car il fut, ainsi que son adjoint rapidement assommé, bâillonné, ligoté et embarqué dans un véhicule proche..

Quelle destinée funeste attendait le patron de la DXT ?

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