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Malika et le Saucisson Magique – 8 

VIII – Ducon se décarcasse

18.58: A l’horloge franc-comtoise provenant de la Province de Canton (Chine), les différents membres du conseil de ma sécurité, enfin la sienne, vous avez compris, étaient déjà présents, car tous savaient que le Président déteste les retardataires. Il a ainsi déjà fait incarcérer des livreurs de pizzas pour 1 minute de retard, il considérait cela comme un outrage à sa fonction et à son immodeste personne.

Sont présents le Ministre de l’intérieur et de la justice, Harlem Abdallah Twist Ben Désir. Rappelons que par décret présidentiel les ministères de l’intérieur et de la justice ont été regroupés et depuis que la profession d’avocat a été supprimée la justice est beaucoup plus rapide,  le ministre de la défense  et le patron du service de renseignement rival du STUPRE, la DXT – Détection des Xénophobes du Territoire – et les secrétaires d’état aux mesures à prendre et à leur mise en œuvre.

– Messieurs, il va être 19.00 heure, nous allons pouvoir commencer la réunion, je constate avec déplaisir que le STUPRE manque à l’appel.

Alors que l’horloge façonnée avec amour par des prisonniers politiques chinois commençait à égrener les 19 coups, un officier de cavalerie fit une entrée théâtrale. C’était le colonel ! Il avait bien entendu troqué sa tenue de gardien du Père Lachaise pour un uniforme plus conforme à son statut.

Les hommes présents dans la pièce le dévisagèrent car ils avaient pour la première fois ce personnage si mystérieux et légendaire en face d’eux. Il portait bien sa cinquantaine malgré le léger embonpoint déjà décrit, sa chevelure encore abondante était légèrement grisonnante, le visage était celui d’un combattant, d’un dur de dur, la bouche encadrée par une moustache et une barbe taillées militairement, et portant des lunettes de vue d’un certain luxe. Après les salutations d’usage, le président ouvrit l’importante séance.

– Messieurs, si je vous ai convoqué c’est que l’heure est grave, une terrible menace rôde au dessus de notre pays, son équilibre social, multiculturel et politique est menacé, nous nous devons de réagir avec force face à ce défi. Monsieur le ministre de l’intérieur, veuillez nous faire un résumé de la situation sans tarder.

– Monsieur le président, comme le savez et nul ne l’ignore dans la plénitude des pouvoirs qui me sont conférés et réciproquement et inversement, de graves et inattendus attentats charcutiers viennent de se produire sur l’ensemble du territoire de Républica Islamya Banana of Francarabia. Grace à l’efficience de notre presse, de nos journalistes aux ordres et d’ Al Francarabia, la population ignore les dramatiques évènements qui se déroulent actuellement.

– Oui, très bien cet El Kabot ! Vous avez encore fait preuve de génie en le
rappelant de sa retraite, M. le Président, s’empressa de souligner le patron de la DXT.

– Continuez, monsieur le ministre de l’intérieur.

– Rappelons les faits, en un jour funeste de mai tout a commencé en l’école Malik Oussekine de…

Chers lecteurs, vous êtes au courant de l’affaire, vous avez même été informés avant le gouvernement donc nous vous épargnons cette partie du récit, que ceux qui n’auraient pas suivi ou perdu la mémoire, reprennent l’histoire à son début.

– Nous avons découvert que l’attentat, car il faut appeler ainsi cette lâche
agression, a été commis par le petit Bitru, deux femmes de ménage subsahariennes qui avaient été soupçonnées, l’ayant vu sortir de la salle de classe peu avant l’arrivée de l’infortunée enseignante. Et pour  confirmer sa culpabilité, lui et ses parents se sont volatilisés le jour même.

– Les deux négritas ont été sanctionnées pour leur légèreté j’espère ?

– Bien entendu M. le Président, conformément… Ah ! Attendez que j’ouvre mon coran de poche gracieusement offert par l’Imam Enti, aah ! Voila! Donc conformément à la sourate 83 verset 1 : Malheur aux fraudeurs elles ont donc été fouettées 20 coups chacune. Revenons à la famille Bitru, nos enquêteurs ont essayé de remonter la piste en interrogeant les habitants du village auvergnat dont ils sont originaires. Ces gens sont peu causants, ils disaient tous ne pas les connaitre, pourtant nous leur avions promis l’édification dans le village d’un sourateland.

– Vous vous êtes assuré de leur silence ?

– Bien entendu, l’ensemble du village a été déporté dans la « Zone » en une nuit, le journal officiel local a expliqué que les habitants avaient gagné un séjour à la Mecque.

– Et de cette Malika, plus de traces ?

– Plus rien, évaporée..

– Et la moto ?

– Retrouvée carbonisée Cité Ben Laden à Drancy, nous avons pu la récupérer grâce à l’entremise du chef de la tribu locale contre une promesse d’une subvention pour l’association des myopathes sunnites, mais hélas, elle était en trop mauvais état pour nous donner des indices.

– Vous n’avez rien de tangible, si je comprend bien !

– Entre temps, d’autres actions islamophobes ont eu lieu, pas un point du territoire n’a été épargné, toujours avec un scénario similaire et ciblant à chaque fois de bons citoyens mahométans. Des écoles, des crèches, des édifices religieux, des boucheries halal, même un marchand de kebab, des clubs de foot. La liste est longue, vous avez le détail dans le dossier que mes services ont préparé pour chacun d’entre vous.

Mis à part le Colonel qui semblait totalement se désintéresser du contenu du dossier vert posé devant lui, les participants feuilletèrent le fameux rapport qui listait les lieux et noms des victimes. Toutes les grandes villes avaient été touchées, mais aussi des villages comme Chaffoin /Sambre., Mézidon. Roubaix, Bobigny avaient été frappées plusieurs fois par cette effroyable organisation occulte.

– Monsieur le ministre, je note une chose, il n’y a pas eu que des enlèvements ou disparitions.

– En effet Monsieur le Président, de nombreuses victimes ont été retrouvées sur les lieux des méfaits, et toutes perdent à un certain degré la raison et tiennent des propos blasphématoires insultants pour le prophète. Elles sont bien entendu isolées et sous surveillance médicale  mais hélas la faculté est impuissante devant cette malédiction satanique. Il y a cependant un point commun à ces nombreuses actions, la présence selon certains témoins d’une femme voilée et d’un jeune enfant. Et depuis quelques jours ces criminels semblent être passés à un stade supérieur, désormais ils s’attaquent aux symboles de notre république. Je vous  épargne les détails de l’agression dont a été victime notre ami le Maire de Marseille.

– Comment va-t-il au fait, ce poussah ?

– Hélas, lui aussi est en proie à des délires. Il passait son temps à réclamer de gros saucissons, faute de pouvoir lui en fournir nous avons mis à sa  disposition un âne, il semble satisfait pour l’instant.

– Nous aurons ces salauds !

– Oui Monsieur le Président, nous mettrons tout en œuvre pour éradiquer cette bande malfaisante.

– Mais avez-vous des pistes ?

Le chef suprême de la DXT, le commissaire principal Clouseau, demanda la parole.

– M. le Président, nous pensons qu’il s’agit d’une branche radicale, peut être dissidente de la clique des néos-nazis sionistes d’extrême centre, les HPS (Heures les Plus Sombres)

– J’ai été trop bon avec tous ces déviants, ces islamophobes, en créant la Zone et en les déportant tous en Corse avec la promesse qu’il ne  viendraient plus nous emmerder.

La Corse, qui avait vu une bonne partie de sa population décimée lors d’une manipulation malencontreuse de quelques explosifs à l’occasion du mariage du parrain local, était la « Zone ». Il fallait la repeupler, le président Ben Sarko avait profité de cette occasion dans sa sagesse habituelle pour y déporter l’ensemble des opposants islamophobes et xénophobes ennemis de la diversité culturelle qui enrichit tant. Dans le langage administrativo policier elle s’appelait désormais la « Zone ».

Le ministre de la défense fit une objection.

– Je suis désolé mais je l’affirme avec force, les côtes sont surveillées en
permanence par le fleuron de notre marine, « Le Foumoila », « Le  Négligeant » et notre vaisseau amiral le « Tarik Ramadan ». Avec les moyens techniques qui sont à bord le moindre esquif serait vite repéré, et les rapports de nos hommes sur place ne signalent rien d’anormal.

– Pour en revenir aux saucissons, vous en avez tiré quelque chose ? nous avons au moins ça comme pièces à conviction.

– Examinés, analysés par nos plus brillants chercheurs tous issus de notre
Université, la meilleure du monde après toutes les autres. Eh bien leur conclusion est qu’il s’agit de saucissons tels qu’ils étaient avant la réforme sur l’alimentation culturellement équitable instaurée part le regretté Mouloud Aounit, composés de Porc, de sel, de poivre, de…

Ndlr : Mouloud Aounit, qui fut ministre de la désintégration nationale, a disparu tragiquement dans des circonstances troubles, au champ d’honneur du sida, broyé par une benne à ordures.

– Bon, ça va, vous n’allez pas me donner la recette du saucisson de grand père… En résumé vous avez nib..

– Mais nous cherchons encore, nous trouverons ! Nous vaincrons car nous sommes les plus forts !

– Et ce gros bon à rien de Sabeg qui m’affirmait il y a encore une semaine que tous les cochons avaient été euthanasiés. Si il y a saucisson il y a cochon, bordel !!

– La Zone peut être ?

– Le ministre de la défense vient de vous expliquer que c’était impossible!

– Exact monsieur le Président, de tels chargements auraient été repérés par nos troupes d’élite qui y sont en garnison.

– Si on avait confié cela à DXT nous n’en serions pas là ! Rétorqua le commissaire principal Clouseau.

– Ça suffit !!
Coupa le président très contrarié, il allait mettre un terme à la réunion quand le colonel demanda la parole. Il avait jusqu’à présent écouté les débats avec un léger sourire narquois.

– Tiens ! C’est vrai, on vous avez oublié ! Si c’est pour répéter ce qui a été dit on s’en passera.

– M. le Président, je crois au contraire que ce que j’ai à dire va vous intéresser au plus haut point. Vous avez eu le sentiment que mes services prenaient tout cela à la légère, sachez que notre silence s’expliquait. Nous étions en plein travail sur ce dossier et nous avons bien avancé !

Les ministres et le chef de la Dxt étaient sceptiques et l’écoutaient avec un léger mépris, il faut dire qu’ils n’attendaient rien de cet intrus qui n’avait pas leur parcours universitaire brillant. Il ne faisait pas partie de leur  caste, l’élite la plus faramineuse, qui avait fait ses preuves en ruinant le pays en quelques années. Ils attendaient avec gourmandise le moment où le président renverrait cet importun à ses chères études.

– Nous savons déjà que le fameux petit Bitru ne fait qu’un avec le jeune Hocine et celui que l’on retrouve dans d’autres méfaits. Ce n’est pas un gamin de 9 ou 10 ans, mais un nain acrobate nommé Slobodan Miloslénic, un Serbo Kosovar au chômage depuis que le cirque a été interdit sur le territoire à la suite de la loi sur le bien vivre ensemble. Ceci explique ainsi sa faculté à s’échapper et se sortir des situations les plus complexes. Bien entendu il ne s’appelle pas Bitru, et tout laisse penser que cette famille est fictive. Sa complice est probablement Malika l’enseignante, nous ne savons pas par quel sortilège elle est amenée à collaborer avec cette bande criminelle mais nous avons déchiffré le nom de code de l’opération : «Bâton de berger».

Les visages étaient devenus plus attentifs et plus graves autour de la table.

– Nous savons encore, désolé M. le ministre de la défense, grâce à nos indics sur place qu’il y a plusieurs semaines des réprouvés importants comme le père Camille ont disparu. D’ores et déjà il dirige une de ces cellules terroristes dans le sud du pays, et nous devrions très bientôt connaître les lieux de leurs réunions occultes et coffrer la bande.

L’assistance semblait assommée par les révélations du maître espion. Malgré leurs préventions, les sommités présentes devaient en convenir ; la réputation du STUPRE n’était pas usurpée. Le président interrompit l’exposé brillantissime du colonel.

– Vous m’épatez ! C’est quand même extraordinaire ! En 5 minutes, vous avez ridiculisé les guignols, moi non compris, assis autour de cette table.

– Certes, M. le Président, mais quand le STUPRE agit personne ne lui résiste. Maintenant il nous reste des points obscurs non élucidés comme les pouvoirs diaboliques des saucisses. Mais je n’ai hélas pas fini, ainsi et le ministre de l’intérieur semble l’ignorer, l’offensive de ces crapules a en effet encore monté d’un cran. Les maires qui ont favorisé l’implantation de mosquées cathédrales viennent de recevoir un courrier spécial.

Le colonel sorti calmement de sa veste une enveloppe, il en retira la lettre qui était à l’intérieur, ce faisant un objet tomba sur la table.

Un Ooohh de stupeur parcouru la pièce. C’était une tranche de saucisson!

Ceci n’affecta pas le colonel qui poursuivait sa tache.

– Voici le contenu de la missive « Grouik Grouik !! tu vas payer et ton chef aussi ! Tu as préféré le mouton au cochon ! Grouik Grouik dans le cochon tout est bon pas dans le gros con. ! Par Dieu, le Christ et Cochonou, l’heure de la reconquête a sonné !! Signé : Canal Cochonou… ».

– Qu’est ce qu’est que ce charabia ? On dirait un discours que m’écrit cette merde de Guano !

– Il semble qu’enhardis par leurs succès indéniables, ils veuillent passer à la vitesse supérieure, peut être même en s’en prenant à votre personne.

– Colonel j’ai une totale confiance en mes services de sécurité, mais que préconisez vous ?

– Pour l’instant, que l’ensemble des actions soient coordonnées par le service le plus apte à cette mission.

– Accordé colonel !!

– Je parlais bien entendu de la DXT dirigée par mon éminent collègue Clouseau.

Cette proposition surprenait tout le monde, sauf peut être Clouseau qui est connu pour avoir une très haute opinion de lui-même. Le président un peu déstabilisé ne chercha pas à comprendre car il faisait confiance d’instinct au Colonel et l’avalisa. Clouseau se leva et déclara martial.

– M. le président, en ces heures douloureuses pour la nation, nous ne nous
déroberons pas et je vais de ce pas remplir cette mission périlleuse. Une  fois encore la DXT sous mes ordres montrera qu’elle est le pilier essentiel de la RIBF. Vous ne serez pas déçu !! D’ici une semaine je vous emmènerai dans ce bureau pieds et poings liés ces misérables bandits ! Foi de Clouseau…

– Très bien ! Merci, Clouseau, je savais pouvoir compter sur vous. Messieurs, eh bien maintenant que chacun reparte au combat et se mettre à la disposition de cet imb… Pardon du commissaire Clouseau. Je rappelle que dans 3 semaines a lieu mon couronnement, donc tout doit être terminé avant.

Les hommes se saluèrent et se dirigèrent vers la sortie, encore imprégnés des révélations fracassantes du Colonel.

– Hep ! Colonel !

– Revenez un instant nous sommes seuls. Pourquoi, alors que j’allais sans problème vous confier l’affaire, avez-vous proposé ce sombre crétin de Clouseau ? Je le sais, c’est moi qui l’ai nommé. Son incompétence est proportionnelle à sa fatuité.

– Justement, son imbécillité proverbiale nous sera d’une grande utilité M. le Président. Ayez confiance, bientôt cette histoire ne sera qu’un mauvais souvenir, nous avançons très vite vers la vérité.

– Vous m’inspirez confiance, colonel, et j’ai le compliment rare, mais je sais reconnaître les hommes de talent. Quand tout ceci sera terminé je vous nommerai ministre et vous offrirai un dvd de Carlita.

– Je ne demande qu’à faire mon devoir pour mon pays M. le Président.

Sur cette dernière phrase le Colonel prit congé et laissa le président songeur dans la salle de conférence vide. De toute évidence son exposé sans faille l’avait ragaillardi. Il prit un cigare et appuya sur un interphone.

– Huissiers, dites à Carlita et Languille de me rejoindre, et commandez des pizzas, ce soir c’est fête.

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